

Bonjour Yves, c’est avec une grande joie indescriptible que d’avoir ton interview sur le site. Comment ça va ?
-->C’est une question qui m’angoisse. En général, ça va aussi longtemps que je n’y pense pas. Il y a quand même une certaine perversité à poser cette question mal intentionnée. Et toi, ça va ?
Oui, plutôt bien, avant d’en venir à ton actualité Théâtrale, et si d'aventure tu devais inventer un jeu, à quel genre penserais-tu ? Et tu l’appellerais comment ? Elysée Monopoly ou bien encore… ?
-->Depuis tout petit, j’ai toujours apprécié les jeux à caractère érotique, comme le poker déshabilleur, le menteur-suceur, ou le Monopoly sodomite. Au fond, dans tout jeu de société, aussi innocent soit-il, il y a une dimension érotique, ce serait dommage de passer à côté. S’il n’existe pas déjà, je trouve qu’un jeu de mime autour du Kama Sutra ne manquerait pas d’intérêt.
Quelle est la chose la plus importante à tes yeux à part ta date de naissance ?
-->Ma date de naissance n’a que très peu d’importance à mes yeux. La naissance a une certaine importance, sa date beaucoup moins. L’une des choses qui me paraît les plus importantes est peut-être d’apprendre à cesser de considérer les choses de la vie comme importantes ou non.
Te voilà de retour au Théâtre de Ménilmontant pour 43 dates, dans la pièce au titre le plus court qu’il soit « Manuel d’engagement politique à l’usage des mammifères doués de raison et autres hominidés un peu moins doués ». Tu peux nous en dire un peu plus ?
-->Non, c’est déjà assez long comme ça.

La dernière fois dans « Rien ne sert d’exister » tu nous accueillais chez toi en pyjama en énumérant des questions existentielles sur notre vie. D’où est venue cette idée de faire « Manuel d’engagement politique » ?
-->Oh, c’est très simple ! Un jour que je jouais au Monopoly sodomite, l’ami qui se trouvait derrière moi m’a fait remarquer qu’il n’y avait plus vraiment de spectacle engagé, qu’on ne pouvait plus porter la voix de ceux qui n’ont pas la parole. J’ai été très sensible à sa remarque et j’ai été tout de suite voir le médecin pour obtenir un certificat médical d’aptitude à l’engagement politique. Il m’a dit : « Engagez-vous, c’est excellent pour la santé, ça dégage les bronches et ça favorise le transit intestinal. Quand vous êtes engagé d’un côté, ça vous dégage de l’autre ». Ca m’a convaincu.
Qu'est-ce que tu sais faire que peu de gens peuvent faire ?
-->Ecrire des spectacles qui combinent un véritable humour et un haut degré d’intelligence, tout en faisant simultanément preuve d’une extrême modestie. Très peu de gens savent faire cela.
As-tu un rituel avant de monter sur scène ou un petit grigri sur toi, ou encore une potion magique ?
-->En général, j’hurle des cochonneries, et j’insulte un peu le public virtuel pour l’aimer d’autant plus quand il deviendra réel. Il est quand même arrivé qu’il reste virtuel, même pendant la représentation…

On te compare très souvent à Raymond Devos, à son écriture bien entendu, si dans une autre dimension, tu te retrouvais à une table bien garnie de victuailles en sa compagnie, quel le serait la conversation que tu aurais entretenue avec lui ?
-->La première chose que j’espère est que je ne vais pas me retrouver trop vite à cette table, quelle que soit par ailleurs mon admiration pour Devos. Mais je me permettrai malgré tout de lui demander s’il trouve le temps long. Je me plaindrai ensuite un peu qu’on ne cesse de me comparer à lui, car j’avais l’idiot espoir d’être incomparable. Mais quand un con palabre, il n’est pas toujours incomparable.
Dis moi tu te ballades tranquille au salon des vaches et y a un mec qui te balance « Dégage alors pauvre con » c’est quoi ta réaction ?
-->Je le féliciterai avant toute chose pour la qualité de son élocution. Car j’ai connu un type qui disait « Pauv’con », on ne comprend pas forcément tout de suite clairement. Et le verbe « dégager » a une certaine tenue, il désigne le contraire de l’engagement, c’est donc un mode d’être-au-monde qui a sa singularité. On peut considérer cette phrase comme une amicale invitation à plus de détachement. Sous le regard compatissant des vaches, elle gagne encore en magnanimité. J’essaierai de m’en inspirer.
Ton avis philosophique sur le décompte des manifestants lors des derniers mouvements sociaux, pourquoi il y a toujours un tel écart entre les chiffres annoncés par le gouvernement et ceux des organisations syndicales. Ce n’est pas la même taille d’écran d’ordinateurs en pouces, l’épaisseur de la chaussée en goudron provoque une anomalie visuelle… ?
Ce désaccord sur les nombres peut parfois poser des problèmes plus graves encore, comme lorsqu’il s’agit de questions scientifiques. Ainsi certains affirment qu’il y a 100 milliards de neurones dans le cerveau, d’autres seulement 30 milliards. On a appris ensuite que ceux qui en comptent trente milliards ne prennent en compte que le cortex, autrement dit les neurones bien visibles, qui manifestent dans la partie avancée du cerveau, tandis que la foule des autres neurones se tient sur les côtés, et sont d’un usage moins essentiel, à l’instar des manifestants qui suivent le cortège depuis le trottoir. Pour ma part, je crois que les deux affirmations sont vraies, et que ceux qui n’ont que trente milliards de neurones font généralement partie des services de police chargés du décompte des manifestants…
Merci Yves, l’interview touche donc à sa fin, si tu avais quelque chose à laisser en guise de mot de la fin, ce serait quoi ? Un lien internet, une photo, un texte, un coup de gueule, une recette de cuisine, une blague … ?
-->Je vous laisserai juste avec l’alpha et l’oméga de la philosophie zen : « Rien n’est important parce que rien n’est important ».
